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Caroline Takvorian

Caroline Takvorian, de la haute couture à la mariée

On a rencontré Caroline Takvorian, la créatrice de robes de mariées que toutes les Lyonnaises branchées s’arrachent.

Qu’il est loin, le temps où robe de mariée rimait avec meringue et rubans ! Aujourd’hui, la mariée cool n’a rien à envier aux silhouettes les plus tendance. On doit cette révolution à quelques créatrices, pour la plupart installées à Paris : Laure de Sagazan, Lorafolk, Rime Arodaky, Elise Hameau… Mais à Lyon, une créatrice tire son épingle du jeu, et entend bien faire swinger les codes de la mariée nouvelle génération. C’est Caroline Takvorian, Lyonnaise pure souche et « super chauvine », comme elle aime à se définir elle-même (voir aussi : Lyon vue par Caroline Takvorian). Formée à ESMOD Lyon, Caroline s’est spécialisée en haute couture et s’est formée chez les plus grands, de Lolita Lempicka à Isabel Marant. Rencontre avec une créatrice extraordinaire, au succès grandissant.

« J’ai toujours voulu “faire de la mode”… » (Caroline Takvorian)

On rencontre Caroline dans son atelier, situé dans la cour d’un immeuble cossu de la place Tolozan, à deux pas de l’Opéra de Lyon. Rieuse, super dynamique, baskets aux pieds, cette jolie blonde d’une trentaine d’années nous sert un thé et nous installe dans les canapés confortables qui trônent dans son showroom lumineux et chaleureux.

La première chose qui vient à l’esprit de Caroline Takvorian quand on lui demande comment tout à commencé, c’est qu’elle a toujours voulu faire de la mode. « Depuis toute petite, j’embête tout le monde avec ça. Mes parents ont longtemps espéré me faire changer d’avis, mais ça a été plus fort que moi. Un bac général en poche, je me suis inscrite à ESMOD à Lyon. Et on peut dire une chose : je n’ai pas regretté ! »

Sauvegarder les savoir-faire pour garantir la qualité de la création

Après deux années de formation à Lyon, Caroline choisit de se spécialiser en haute couture et part à Paris. Elle y découvre des savoir-faire ancestraux, et un rapport aux matières très intime. « Lorsqu’elles touchaient une robe, nos grands-mères savaient immédiatement si elle était en soie ou non. Aujourd’hui, on est devenues des habituées de la fast-fashion, et on a complètement perdu ce rapport aux matières, à la qualité. »

Et pour Caroline, il s’agit là d’un engagement artistique et moral profond. « Je suis particulièrement fière de travailler des matières françaises et de fabriquer mes robes à Lyon, une ville historiquement liée à la soie. Cela permet de sauvegarder les savoir-faire et de nous valoriser à l’export. »

Caroline Takvorian utilise d’ailleurs de la dentelle de Lyon, qu’elle met à l’honneur dans sa dernière collection. « C’est une dentelle moins connue, assez confidentielle. Elle a un côté macramé, en plus moderne. Malheureusement, la plupart des fabricants n’existe plus aujourd’hui. Un dentelier de Calais a racheté quelques-uns des derniers métiers à tisser existants. L’appellation “dentelle de Lyon” subsiste, mais la fabrication est montée dans le nord de la France. »

Et à propos, ses fournisseurs, elle les choisit comment ? Priorité à la confiance ! Doublures, dentelles, tricot… Caroline sait à qui elle s’adresse. La plupart des fournisseurs se trouvent à Lyon, sauf le dentelier, donc. « Je fais le choix de la proximité. Ça me permet d’être sûre de la qualité. Car faire fabriquer à l’étranger, ça n’a pas que des avantages ! À cause du stress de la commande qui n’arrive pas à temps, des coûts de transport et du manque de transparence sur la qualité, mon choix est vite fait. »

Showroom de Caroline Takvorian à Lyon
Le showroom de Caroline Takvorian à Lyon – © Photo : Robin et les Super Heros

« La mariée représentait au départ tout ce que je détestais » (Caroline Takvorian)

Après avoir officié côté studio chez Isabel Marant, Caroline entre chez Lolita Lempicka, où elle apprend les métiers de chef de collection, de production et d’atelier. Elle travaille aussi comme assistante costumière au Crazy Horse, et bénéficie d’une expérience à l’Hôtel Drouot. Le CV de Caroline est impressionnant. Curieuse et débrouillarde, elle touche rapidement à tout et se forme à tous les métiers. Sa dernière expérience, elle l’obtient en tant que responsable de boutique d’une grande enseigne parisienne, où elle reçoit les personnalités et la presse. Là, elle apprend à mieux cerner les besoins des clientes.

Enfin, en 2011, Caroline lance sa maison, d’abord du prêt-à-porter. « Au départ, je ne voulais surtout pas faire de la mariée ! La mariée représentait dans mon esprit tout ce que je détestais. La fi-fille, avec les volants et les paillettes... Pour moi, c’était horrible ! Mais peu à peu, je me suis rendu compte qu’on pouvait faire des choses modernes, s’éloigner du costume de scène. Et qu’en plus, ça plaisait ! C’était l’occasion rêvée de renouer avec ma formation. Travailler à nouveau les belles matières, tout faire à la main… C’était une libération totale ! »

À contre-courant de la tendance less is more, Caroline Takvorian crée des robes raffinées et modernes, sans sacrifier le détail et l’ornementation. Le plus : tout est fait sur-mesure, et Caroline s’occupe de tout, du premier rendez-vous au rendu de la robe. Très vite, sans la moindre communication, les commandes et les articles pleuvent. Tout le monde veut voir qui est cette jeune créatrice surdouée, débarquée de Paris, et qui contribue à bouleverser les codes de la mariée.

La collection 2017 : nos modèles préférés (suite de l’interview plus bas)

Nouveaux succès, nouveaux défis

Désormais, une question se pose : comment développer la marque sans rogner sur la qualité et le plaisir de la création ? « Tout d’abord, on va créer un showroom à Paris, car on a de plus en plus de demandes de futures mariées parisiennes. » Pour l’occasion, Caroline proposera désormais de la demi-mesure, avec toujours la possibilité de modifier quelque peu un patron.

Ensuite, l’implantation parisienne sera l’occasion d’aller plus loin dans la prouesse technique et la créativité. « Aujourd’hui, je ne peux pas me permettre de donner vie à tout ce que j’ai en tête, les modèles les plus pointus étant considérés comme importables par une partie de ma clientèle. À Paris, je serai plus libre de ce point de vue-là. »

Caroline Takvorian insiste sur le fait que se développer, ça n’est pas se diversifier. « Je continuerai de faire ce que j’aime faire : créer des robes de mariées, en portant toute mon attention aux détails et à la satisfaction de mes clientes. C’est magique, comme univers, et je ne vois pas pourquoi je voudrais m’en éloigner. D’abord, comme toujours dans la mode, on part d’un croquis qui devient peu à peu réel. Ensuite, il faut bien se rappeler qu’on participe aux plus beaux jours de la vie d’un couple ! Je reçois régulièrement des lettres de remerciement de mes clientes et des époux, c’est tellement merveilleux ! C’est tout ça que j’aime. En clair, je ne me vois pas, plus tard, travailler dans un bureau sans toucher une robe de la journée. »

Un autre rêve ? « J’espère un jour organiser un défilé. Depuis toujours, c’est ça qui me fait rêver. Mais tant que je ne serai pas prête, que je n’aurai pas les moyens d’organiser un défilé grandiose, je ne le ferai pas. »

On a hâte de voir ça…


Caroline Takvorian
19 place Tolozan, 69001 Lyon
04 78 27 80 96

Découvrir toute la collection sur son site officiel.

 

Diana

Après plus de dix ans passés à Paris, Diana s'installe à Lyon en 2016 et en découvre compulsivement toutes les bonnes adresses. Pour partager ses meilleures trouvailles, elle a l'idée de créer Inside Lyon. Ça tombe bien : geekette sur les bords, elle aime autant l'écriture et la gestion de site internet que la cuisine libanaise et l'opéra ! Son Instagram : @diana.izakna

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